Resident Evil (2026) – Nouvelle virée dans un monde zombifié

Lorsqu’il débarque sur la PlayStation en 1996, le jeu vidéo Resident Evil définit les règles du Survival-Horror moderne post « Alone in The Dark » et contribue à populariser ce genre auprès du grand public. Mélange d’action/aventure avec un climat horrifique, le jeu nous propose les prémices d’une invasion de créatures mortes-vivantes et lancera une immense franchise dont le 9ème opus principal est sorti en février de cette année.

Le succès du jeu a vite poussé ses propriétaires à essayer d’en faire une adaptation au cinéma. Et pas qu’une. Une première franchise de 6 films entre 2002 et 2016, puis un reboot maladroit en 2021 avant cette nouvelle remise à zéro de 2026. Avec, cette fois-ci, Zach Cregger aux manettes, qui a le vent en poupe après les succès de Barbarian en 2022 mais surtout de Weapons (Évanouis en VF) l’an dernier.

Comment va-t-il adapter la franchise à sa sauce ? Voyons ça …

Présentation

Mais tout d’abord, petit retour en arrière …

C’est dès 2002, sous la direction (et la plume) de Paul W. S. Anderson qu’on retrouve la première adaptation de Resident Evil. Projet étrange qui nous propose des personnages inédits et assez peu de lien vers la franchise en elle-même si ce n’est l’un ou l’autre gimmick et des quelques noms. Milla Jovovich y incarnait la mystérieuse Alice, personnage principal de cette franchise de 6 films à l’incroyable succès populaire (dépassant parfois les 300 millions de dollars de recettes) malgré une qualité cinématographique, disons, médiocre … voire nanardesque. Les 6 films citeront souvent des personnages et autres noms venant des jeux, mais en restant dans leur univers propre qui n’a pas vraiment de lien avec celui des jeux. Ce sont d’ailleurs bien plus des films d’action que de réels films d’horreur.

En 2021, Johannes Roberts, réalisateur spécialiste de l’horreur, nous propose une adaptation cartes plus « fidèle », car proposant un mélange des intrigues des 2 premiers jeux, mais surtout très maladroite avec peu d’attachement à des personnages pas très bien écrits, une histoire qui essaie de raconter plein de choses tout en étant rushée en à peine plus d’1h30 et un vrai manque de moments de frissons. Le succès ne sera pas au rendez-vous, même si certains sauvent en partie le film qui leur proposait « leurs personnages favoris au cinéma ».

Et nous voici donc 5 ans plus tard, avec la version que nous propose Zach Cregger, dont je vais vous poser les bases.

Lors d’une froide nuit hivernale, Bryan Hodukavich (Austin Abrams), un coursier effectuant des livraisons médicales, est sous le choc lorsque sa compagne lui annonce par téléphone être enceinte. Utilisant l’excuse de faire une livraison payée double, mais surtout pour fuir une discussion les yeux dans les yeux avec elle, il accepte une livraison urgente : acheminer sans délai un colis important à l’Hôpital Central de Raccoon City, dans les montagnes enneigées. Sur les routes verglacées, il tente de ne pas faire d’embardées tout en étant au téléphone avec sa compagne. En pleine conversation tendue, il perd son signal téléphonique et heurte ensuite de plein fouet une femme qui traverse la route au milieu de nulle part.

Le film est sorti au cinéma le 16 septembre 2026

Critique

Zach Cregger décide d’aller à l’opposé de ces 2 prédécesseurs en faisant le choix volontaire de ne pas suivre un groupe de militaires ou de héros surentrainés, mais en mettant sa caméra à hauteur d’un personnage lambda, qui va surtout subir les événements.

Bryan est un type paumé, au sens propre comme figuré, qui réagira aux situations qu’il rencontre comme réagirait une personne assez normale : jurer, tenter de se rassurer à voix haute, se précipiter et parfois prendre les plus mauvaises décisions. Cette situation va créer un vrai lien entre le spectateur et le personnage : on ne sait pas ce qu’il va faire, on ne sait pas ce sur quoi il peut tomber, on va s’inquiéter pour lui, trembler avec lui, et être tout autant aux aguets que lui.

Le réalisateur a la très bonne idée de régulièrement impliquer le spectateur avec la caméra via des mises en scènes simples mais efficaces. Des plans en vue subjective, d’autres où la caméra est proche de l’épaule du personnage, le suivant pas à pas, comme dans les jeux modernes depuis Resident Evil 4, mais également des plans de portes qui s’ouvrent lentement, échos des temps de chargement des tout premiers jeux et faisant grimper la tension.

Il réussit également à retranscrire la structure narrative d’un jeu vidéo sans rendre ça rébarbatif. L’adaptation de Silent Hill par Christophe Gans en 2006 avait un peu ce problème de copier-coller du jeu avec l’impression d’arriver à un lieu 1, d’y trouver l’objet X qui mène vers le lieu 2 et ainsi de suite. On pourrait faire le même reproche ici mais il n’y a pas ce côté artificiel. Bryan se trouve dans un lieu X, où il subira l’une ou l’autre épreuve qui lui permettront de changer de lieu et de « passer au niveau suivant » de manière assez fluide. On n’est pas loin du film en temps réel.

Les moments de tension sont nombreux et généralement très réussis mais Cregger a réussi à placer la juste dose d’humour assez régulièrement pour permettre de dédramatiser certains événements tout en gardant la tension ambiante. Entre les moments où Bryan parle tout seul, ses maladresses, certaines de ses (mauvaises) idées, le film nous arrache pas mal de sourires ou de rires avant de nous faire sursauter une nouvelle fois.

Au-delà de son ambiance générale et de certains jump-scare, le film doit son côté horreur aux créatures que l’on va y croiser et le côté gore du film. Pour les créatures, j’en parlerai un peu en zone spoilers. Pour le côté gore, on est très loin d’un « torture horror » que je déteste, ici ça reste assez grotesque pour cela reste « fun » à regarder en gardant un vrai côté horrifique.

Le point faible du film reste pour moi son dernier quart qui enchaîne un peu trop les moments d’action et laisse tomber le côté oppressant en ajoutant parfois un peu trop de ridicule.

Et vous allez me dire « mais où est Resident Evil dans tout ça ?« . Et vous n’aurez pas tout à fait tort au premier abord. Pas de Redfield, de Wesker, de S.T.A.R.S. et autres, mais des références placées à certains endroits, comme le nom d’Umbrella Corp, qui confirment qu’on est bien dans cet univers. En regardant plus en détails, il y a de nombreuses références parfois directes (des bombes de premiers soin visibles dans une scène, une machine à écrire en évidence ailleurs, une clé avec un symbole, …) et d’autres plus subtiles (comme la structure du film évoquée plus haut).

Car, plus que les références visuelles, le film reproduit surtout la logique de gameplay : explorer une zone, récupérer un objet, comprendre comment progresser, économiser ses ressources et affronter une menace avant de passer à la zone suivante. Et ça contribue fortement à la réussite du film.

! Attention ! Spoilers !

Pour ceux qui ont vu le film ou qui s'en fichent de connaître des moments importants de l'histoire ou la fin, voici la zone spoilers.

Pour son bestiaire, le réalisateur a décidé de ne pas simplement copier des créatures issues du lore de Resident Evil mais de créer plutôt ses propres menaces. On se retrouve face à de simples zombies, même si leur comportement est différent des jeux, certains sont capables de courir par exemple, et les créatures à tentacules évoquent fortement les monstres qu’on peut rencontrer dans Resident Evil 4.

En dehors de ces exemples, la manière dont fonctionne le Virus du film semble vraiment différente, on peut le voir avec la petite fille au pied infecté, la créature souterraine avec les rats mais surtout avec la « masse humaine » qui poursuit Bryan tout au long du film, grotesque et effrayante, elle ne vient nullement d’un jeu mais réussit très bien son effet.

La créature qui se rapproche le plus du visuel des jeux au sein du film est le monstre que devient Bryan dans les dernières minutes. Il y a clairement une vibe « William Birkin après avoir été infecté au G-Virus » vu à la fin de Resident Evil 2, notamment avec son énorme pince et l’oeil poussant sur son corps.

Un petit mot sur la fin d’ailleurs. Je ne milite pas pour que tous les films aient une fin heureuse, mais je m’attendais plutôt à une forme de rédemption finale pour Bryan. Les scientifiques à la fin sont clairement montrés comme assez incompétents, surtout sous pression, ce qui explique aussi que la catastrophe ait pu se produire à cette échelle. Mais je m’attendais plus à une fin douce-amère (un Bryan guéri mais perdu au milieu de cette ville infectée rendant impossible son retour vers sa bien-aimée) que ce final un peu trop grand guignolesque à mes yeux.

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Conclusion

Pour sa vision de Resident Evil, Zach Cregger décide de ne pas nous raconter l’Histoire, avec un grand H, de l’invasion de zombies et des héros qui y font face, mais de nous narrer la « petite » histoire qui se passe à côté, celle d’un individu qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment et qui subit les conséquences d’événements plus grands que lui.

Le réalisateur n’a pas essayé d’adapter une histoire de Resident Evil en film, il nous propose un film qui donne l’impression au spectateur de jouer à un Resident Evil, de faire partie de cet univers. Et pour moi c’est une grande réussite.

Le film ne plaira pas à celles et ceux qui n’apprécient pas du tout ce genre de film mais si vous être un tant soit peu curieux, je vous le recommande chaudement.

Bande-annonce (VO-ST Fr)

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