L’Odyssée – Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

À peu près tous les 3 ou 4 ans, on a droit à un nouveau film de Christopher Nolan et si l’on peut parfois être plus hermétique à leur sujet ou thématique, il faut reconnaître que c’est à chaque fois des films d’excellente qualité.

Après avoir montré l’histoire du « père de la Bombe Atomique » dans « Oppenheimer » en 2023, il s’attaque à l’adaptation de ce qui est sans doute l’un des récits grecs antiques les plus connus avec « l’Odyssée » d’Homère.

Un récit taillé pour le réalisateur ?

Présentation

20 ans se sont écoulés depuis qu’Ulysse (Matt Damon), Roi d’Ithaque, a quitté son île pour partir en guerre contre Troie. Mais ça fait une dizaine d’années maintenant que le récit de la victoire contre les Troyens sont chantés par les aèdes et que nombre de héros de guerre sont rentrés chez eux. Mais pas Ulysse, dont personne n’a de nouvelles depuis la fin du conflit.

Sa femme Pénélope (Anne Hathaway) et son fils Télémaque (Tom Holland) attendent désespéramment son retour en devant subir chaque jour la présence dans leur domaine de nombreux prétendants, dont Antinoos (Robert Pattinson), qui convoitent la main de Pénélope et surtout le trône d’Ithaque.

Car le danger semble se rapprocher de l’île grecque où l’on parle de plus en plus de ce « peuple de la mer » qui attaque et ne respecte pas la « loi de Zeus », cette règle de respect mutuel.

Mais si Ulysse n’est pas mort, son voyage de retour est plutôt périlleux…

Le film est sorti au cinéma le 15 juillet 2026

Critique

On ne va pas faire durer un faux suspens pendant des heures inutilement : L’Odyssée est une vraie réussite cinématographique. Le film possède quelques défauts, on y reviendra plus bas, mais ils sont largement compensés par la montagne de qualités qu’on pourrait lui attribuer.

Du point de vue technique, il est assez irréprochable. Une qualité d’image exceptionnelle, de magnifiques décors, des plans et mises en scènes qui correspondent bien et rendent le tout vivant, c’est un plaisir pour les yeux. Le choix de prises de vue en décors réels apporte un certain cachet et rend les lieux vraiment vivants et crédibles.

Le son est très bon aussi, même si j’ai trouvé à de rares moments que la musique manquait d’un petit je-ne-sais-quoi, mais rien de réellement gênant.

Au niveau du récit, je suis persuadé que les plus fervents connaisseurs de l’œuvre originale peuvent chipoter sur des choses qui manquent ou qui pourraient être racontées différemment mais, de mon côté, je suis plutôt dans le camp du « je me rappelle vaguement l’histoire de base, principalement via des adaptations pour la jeunesse lues il y a des années ».

Je trouve que le récit est bien conté avec une narration non linéaire, habituelle des films de Nolan, mais qui reste néanmoins fluide à suivre et qui ne cherche pas à perdre le spectateur. Même si on se trouve dans une histoire passée, le contexte nous le montre directement et on sait où l’on en est.

Au niveau de la représentation mythologique, Nolan a fait le choix de proposer une approche « réaliste » des interventions divines, montrant qu’un événement peut être interprété par des personnages comme un acte divin alors qu’on ne voit que des phénomènes qui pourraient être parfaitement naturels. De la même manière, il laisse le flou sur la condition divine de certains rôles qui pourraient tout aussi bien être réellement une apparition divine ou alors un simple figment de l’imagination du personnage.

Mais avoir fait le choix de ne pas représenter les actes divins comme tels ne veut pas non plus dire que le film s’empêche toute représentation fantastique, loin de là. Sans spoiler, il y a des créatures mythologiques qui apparaissent, il y a des éléments surnaturels et magiques, on n’est pas face à une interprétation réaliste de l’histoire, cette partie-là de la mythologie est bien présente et influence fortement le récit par moments.

Le bémol que j’aurais sur l’histoire est que, si elle est bien racontée, et que les différents moments qui doivent nous apporter des émotions sont assez réussis, je n’ai pas été totalement pris par le récit global en lui-même. Les « péripéties » sont intéressantes mais il y a quelque chose dans l’emballage global qui fait que j’avais moins d’intérêt pour le « fil rouge », mais peut-être était-ce parce que je connaissais en partie son issue finale. Il faut attendre le dernier quart du film (au moins) pour avoir l’impression d’une plus grande ampleur du récit.

Si je devais faire un dernier point négatif « technique », je le ferais sur la durée du film. On ne s’ennuie pas globalement pendant le film, on passe très souvent d’un plan à un autre ou d’une scène à une autre (peut-être un effet d’avoir été filmé avec des caméras IMAX qui ne permettaient que de capturer 3 minutes avant de devoir changer la pellicule) mais il y a plusieurs séquences où l’on se dit que cette partie en elle-même tire un peu en longueur, se répète ou est en baisse de rythme. Et si on additionne ces différents moments, on pourrait gagner quelques minutes ou les consacrer à des moments qui ont été plus survolés.

On l’a déjà vu avec les noms que j’ai cités plus haut, on a un casting 5 étoiles. Matt Damon porte le film en Ulysse et si j’ai pu entendre çà et là qu’on pouvait son jeu froid ou impersonnel, je l’ai plutôt trouvé très juste et en adéquation avec l’état d’esprit de son personnage. On le sent impliqué et il joue vraiment juste, en tout cas ça a marché sur moi.

Je ne vais pas détailler tous les personnages un peu importants, ça prendrait trop de temps mais j’ai tout de même envie d’en mentionner certains.

À commencer par l’épouse qui attend avec impatience le retour de l’homme qu’elle aime : Pénélope, admirablement bien jouée par Anne Hathaway. Véritable personnage fort, elle a une vraie présence à l’écran et montre que si le monde autour d’elle la réduit au rôle d’épouse esseulée, elle pourrait être bien plus que ça dans un monde où elle aurait le choix.

Toujours à Ithaque, Robert Pattinson a déjà montré qu’il était bien plus que le « Vampire qui brille » de la saga Twilight en ayant enchaîné divers excellents rôles comme The Batman ou Mickey 17 entre bien d’autres. Il possède un bel éventail dans son jeu et nous montre ici, avec le vil Antinoos, une facette sombre de personnage à la fois obsédé par le pouvoir mais trop lâche que pour agir de lui-même.

Tom Holland reste malheureusement un peu dans ce rôle du héros candide qu’il incarne déjà dans les Spider-Man ou dans Uncharted. Le personnage évolue au cours du film mais il manque toujours un petit quelque chose pour qu’il mette son jeu d’acteur en évidence qui fait qu’il est finalement un peu en retrait, ce qui dommage pour l’un des personnages principaux.

Mais le reste du casting est également sans fausses notes avec Lupita Nyong’o, John Leguizamo, Zendaya, Charlize Theron et plein d’autres encore, j’en aborde l’un ou l’autre avec les spoilers ci-dessous pour conclure cette critique.

! Attention ! Spoilers !

Pour ceux qui ont vu le film ou qui s'en fichent de connaître des moments importants de l'histoire ou la fin, voici la zone spoilers.

Pour revenir un peu sur le côté mythologique, les créatures sont très bien réalisées, autant celles en CGI (comme Scylla) que les effets pratiques qui ont été utilisés sur le Cyclope, les géants Lestrygons ou la magie transformatrice de Circé (Samantha Morton).

J’ai bien aimé certaines choses que le film apporte au niveau narratif.

Comme le fait de se rendre compte que le terrible « peuple de la mer qui ne respecte pas la loi de Zeus » n’est autre que la rumeur qui se répand suite au stratagème grec qui leur ont permis de détruire Troie. Et de voir les conséquences de cet acte sur Ulysse lui-même.

Ou la très jolie scène aux Enfers avec l’échange entre Ulysse et Sinon (Eliott Page) où ce dernier ne comprend pas les mensonges d’Ulysse.

Le personnage de Zendaya est également très intéressant et peut également être interprétée de diverses manières, soit comme étant un Avatar d’Athena ayant pris la forme de cette prêtresse tuée lors du massacre de Troie ou comme une vision d’Ulysse, hanté par la mort de cette prêtresse.

Le film est assez intéressant aussi dans ce qu’il essaie de développer comme message plus politique en parlant du coût moral de la guerre (ceux qui sont revenus de Troie n’en sont pas revenus indemnes, en particulier Ulysse) ou encore du fait que les menaces les plus dangereuses viennent parfois plus vite de tensions internes que de menaces externes.

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Conclusion

Je n’étais pas certain d’avoir envie de suivre cette épopée grecque pendant 3 heures, d’autant qu’il y a des Nolan que j’ai moins aimé, mais je dois conclure en disant que j’ai beaucoup aimé cette adaptation de « L’Odyssée ».

S’il n’est pas parfait, il n’y a pas grand-chose qu’on puisse lui reprocher en dehors de quelques longueurs.

Techniquement impeccable, avec un grand casting sans fausse note et proposant une épopée palpitante, c’est clairement un film à ne pas rater en 2026.

Bande-annonce (VO-ST Fr)

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