Je l’avais lancée bien après tout le monde mais la première saison de Severance était ma claque de l’année dernière. Une série intelligente, bien réalisée avec une intrigue mystérieuse portée par un cast qui joue parfaitement, j’ai d’ailleurs déjà pu vous dire tout le bien que j’en pensais.
Et être une suite d’un tel succès et résoudre un cliffhanger attendu depuis 3 ans, c’est la difficile tâche que cette seconde saison doit relever … avec succès ?
La série est disponible sur Apple TV+.
Présentation
Deux petits points en préambule.
Tout d’abord, dans cette critique je vais prendre le parti que vous avez vu la première saison, donc si vous ne l’avez pas encore vue, je vais vous la spoiler … donc allez la voir !
Ensuite, côté vocabulaire, je vais employer les termes utilisés dans la VO, soit parler des personnalités au sein de l’entreprise comme étant les « innies » et celles qui vivent en dehors seront donc les « outies ».
Où en étions-nous à la fin de la saison passée ? Les innies de Mark (Adam Scott), Helly (Britt Lower), Irving (John Turturro) et Dylan (Zach Cherry) mettent à exécution leur plan et activent le système de « contingent d’heures supplémentaires » qui permet aux 3 premiers de prendre conscience et possession de leur corps alors qu’ils sont dans le monde extérieur tandis que Dylan est resté chez Lumon pour exécuter le plan.
Ils découvrent tous les trois la vie de leur outie.
Irving se découvre vivre en solitaire avec son chien, peignant sans cesse un étrange couloir sombre (que l’on verra en fin d’épisode) et va jusqu’à chez Burt (Christopher Walken) pour le voir marié à un autre homme dans le monde extérieur.
Helly se réveille dans un gala chez Lumon pour apprendre que son outie n’est autre que Helena Eagan, fille du CEO de Lumon, qui a accepté d’être Dissociée pour faire un coup publicitaire pour la société et la technologie.
Quant à Mark, il découvre que son outie se pense veuf mais qu’en réalité sa femme est bien en vie et travaille également à l’étage des Dissociés et n’est autre que la psychologue Mme Casey.
5 mois plus tard, Le « Innie Mark » se retrouve à nouveau chez Lumon et découvre quelques changements. Le bureau de Mme Casey est désaffecté, M. Milchick (Tramell Tillman) est désormais responsable de l’étage avec une nouvelle assistante, Mlle Huang (Sarah Bock), une enfant. Et surtout il constate que son équipe a été remplacée par un nouveau trio d’employés, ce qui ne plait pas du tout à Mark…
Critique
D’une saison à l’autre, il y a des choses sur lesquelles la série reste toujours aussi excellente.
L’évidence, ce sont les acteurs. Un jeu toujours impeccable, des émotions qui passent parfaitement, le casting reste 5 étoiles. 2 mentions particulières avec bien évidemment Adam Scott qui porte la série en devenant encore plus central à l’intrigue mais aussi un joli coup de chapeau à l’excellent Tramell Tillman dont le jeu excellent en toutes circonstances (même lorsqu’il danse) mériterait qu’il obtienne des récompenses dans les prochaines cérémonies de fin d’année.
La mise en scène de la série reste excellente que ça soit dans ses choix visuels ou de réalisation. On a encore plus cette fois une impression de décalage entre le monde Lumon, très lumineux, et les scènes du monde extérieur qui sont toutes dans une certaine obscurité ou au mieux dans des tons gris. Tandis qu’il reste toujours ces moments plus décalés qui nous offrent des ambiances presque dignes de David Lynch.
C’est lorsqu’on va parler de ce que la série veut nous raconter (ou comment) qu’on va commencer à voir à minima une baisse de qualité voire même pour certains spectateurs de la déception.
Sans trop entrer dans les spoilers, je le ferai ensuite, cette seconde saison va surtout parler d’un thème qui était pourtant déjà présent en toile de fond lors de la première mais qui sera ici bien plus mis en avant : le fait que les « innies » et les « outies » sont 2 personnes bien distinctes, ayant des buts, des expériences et surtout des personnalités différentes qui au fond ne partagent parfois pas plus que le corps qu’elles occupent.
Et si la série semble plus centrée sur l’arc « Mark cherche Gemma », elle n’en oublie pas moins de parler des autres membres de l’équipe, même s’ils sont parfois en retrait. Mais il serait faux de dire que ces personnages n’ont pas droit à leurs moments de lumière au fil de la saison, on en parlera plus bas.
Mais il y a eu cette saison des moments où le problème a aussi été la manière dont l’histoire nous est racontée. Résumer « tout » ce qu’il se passe cette saison pourrait se faire assez vite alors qu’il y a eu 10 épisodes et donc une certaine durée. Mais le rythme est parfois bien trop lent, prenant de longs détours pour nous amener des informations certes importantes mais qui ne méritaient peut-être pas qu’on y consacre autant de temps, comme l’épisode 8. De plus, certaines sous-intrigues ne mènent finalement pas à grand chose et semblent avoir été mises là pour gagner un peu de temps et arriver à faire le nombre d’épisodes demandés.
Et puis, il y a le choix, qui ne plait pas à tout le monde, d’expliquer, au moins en partie, certains mystères. Une partie des spectateur semble penser qu’il était préférable de ne pas essayer de répondre à certaines de ses questions, de laisser libre court à leur imagination. Je trouve qu’au contraire, ils ont réussi, tout en expliquant en partie certaines choses, à nous faire nous poser des questions supplémentaires et à garder un aspect mystérieux et à laisser des pistes ouvertes pour la suite et je suis sûr qu’il reste à Dan Erickson et son équipe bien des choses à raconter.
Si la saison ne se termine pas sur un gros cliffhanger du style de la saison 1 mais plutôt sur une fin ouverte qui aurait pu être une conclusion satisfaisante, sans être une apothéose comme a pu l’être le final de la saison 1. Le renouvellement de la série annoncé quand cette saison se termine nous laisse espérer qu’on lui offre une belle conclusion, en espérant qu’elle ne sombre pas dans une suite de saisons médiocres.
! Attention ! Spoilers !
Mais parlons spoilers tout de même !
Comme je l’ai dit plus haut, même s’ils sont moins présents à l’écran, les personnages « moins centraux » ont néanmoins toutes et tous droit à leurs moments et à leur évolution au fil de la saison.
Dylan a réellement une histoire intéressante durant cette saison, perdant ses repères dans ses 2 vies mais trouvant des raisons de continuer et de s’accrocher malgré la perte d’Irving qui l’a vraiment affecté. En parlant de ce dernier, je suis persuadé qu’on n’en a pas fini avec lui, qu’on le reverra, que sa touchante histoire avec Burt n’est pas terminée et qu’on en saura plus sur cette sous intrigue aussi.
Seth Milchick prend vraiment de l’ampleur cette saison et on ne peut qu’aimer ce personnage même si on a du mal à cerner son objectif personnel. Et puis quelle scène lors de sa dispute avec Drummond dans l’avant-dernier épisode !
Et finalement, abordons le point qui semble fâcher pas mal de monde : l’épisode final. En tout cas, parlons de certaines choses, on ne va pas tout débriefer (on en parle autour d’un verre quand vous voulez).
On en apprend plus sur la mission du « MacroData Refinement » qui semble consister à pouvoir créer des innies totalement dépourvus d’émotions. Et il semble que Lumon touche au but lorsque Gemma démonte sans aucun remord le berceau que Mark avait fabriqué pour elle. Quel est le plus grand objectif derrière tout ça ? Pourquoi allaient-ils à priori la tuer une fois cette dernière tâche terminée ? Quel rapport avec les chèvres ? Pour le moment on n’a pas les réponses à ces questions.
L’épisode commence par cette excellente scène où Mark peut « enfin » discuter avec lui-même par caméra interposée. Et on a une belle preuve concrète que son innie et son outie sont des personnes différentes qui ont un but différent. Et lorsqu’on se met à place du innie, on peut effectivement comprendre qu’il ait du mal à vouloir se sacrifier et sacrifier les seules personnes qu’il connait (et qu’il aime) pour sauver la vie d’une femme qu’il ne connait pas vraiment au profit d’un autre « lui » en qui il ne sait pas s’il peut avoir confiance.
Et c’est toute cette première partie qui explique complètement la réaction de l’innie en fin d’épisode qui a à priori été mal appréciée par un certain pourcentage de spectateurs.
Il ne faut pas résumer la fin de l’épisode par « Helly ou Gemma » mais plutôt par « choisit-il lui-même ou son outie ». Lorsqu’il voit Helly revenir pour lui, il se demande pourquoi il ne pourrait pas encore passer ne fus-ce qu’un moment avec la seule femme que lui aime au lieu de l’abandonner et offrir à son outie la vie que ce dernier désire. Et il fait le choix, certes égoïste mais humain, de rester, car de son point de vie, partir est potentiellement un suicide puisqu’il n’a aucune certitude sur ce que fera son outie ensuite.
Soyons honnêtes, à chaud, j’ai été un peu déçu du final, on aime tous un vrai sentiment de conclusion et on apprécie une « Happy End » et la série ne nous offre ni l’un ni l’autre. Mais il y a une vraie constance sur un thème abordé plusieurs fois depuis le tout début : le fait que pour les outies, leur innie n’est qu’un outil pour arriver à leur propre objectif, sans penser à ce que l’innie peut ressentir ou vivre. Et en tant qu’innie, vouloir se sentir vivant, c’est parfois simplement être égoïste, ne fus-ce qu’un instant. La conclusion est bien plus complexe que « faire un choix entre les 2 femmes ».
Conclusion
Cette seconde saison fait moins l’unanimité que la première et si je peux comprendre certaines réserves et constater de vraies faiblesses, dont je parle plus haut, je trouve que cette seconde saison est vraiment réussie, même si en dessous du chef d’œuvre qu’est la première.
On apprend de nouvelles choses, certaines intrigues se résolvent mais d’autres pistes s’ouvrent et on reste toujours autant scotché par le jeu des acteurs.
Qu’adviendra-t-il lors de la troisième saison ? Très difficile de spéculer mais espérons ne pas tomber dans le syndrome d’une série qui surenchéri à chaque saison, ajoutant mystères sur mystères pour finalement tomber à plat. Mais il y a sans aucun doute moyen de faire une suite cohérente et de qualité.
Bon résumé de cette saison 2.
D’accord sur la plupart des points relevés. J’ai par contre mieux apprécié cette saison 2 que la saison 1 où il m’avait fallu une bonne moitié de saison avant de vraiment accrocher.
J’attends la saison 3 avec impatience car il reste effectivement beaucoup de mystères à élucider même si cette saison 2 apporte quelques réponses partielles.
J’ai particulièrement apprécié le jeu de Tramell Tillman cette saison, mais tous les acteurs sont géniaux, et les seconds rôles aussi, ce qui contribue souvent à faire d’une bonne série, une grande série. L’univers singulier créé par Erickson entretient ce climat perturbant et anxiogène décuplé par des personnages glauques (Drummond, Eagan père, la maman d’Émile… 😊) qui remplissent leur rôle à la perfection.
Pourvu que ça dure comme tu dis !