Pluribus – Ne voudriez-vous pas le bonheur pour l’Humanité ?

La première grosse critique de 2026 concernera une série de 2025 mais qui s’est conclue lors de la dernière semaine de l’année, donc j’ai décidé de prendre un peu de temps pour vous en parler un peu plus en profondeur.

C’est incontestablement l’une des séries les plus marquantes de l’année écoulée et pourtant c’est une série qui peut diviser, qui peut passionner tout autant qu’elle peut repousser d’autres personnes.

La série est disponible sur Apple TV

Présentation

La série nous propose de suivre Carol Sturka (Rhea Seehorn), écrivaine à succès d’une série de roman de fantasy mettant en scène une capitaine corsaire, dont la vie va complètement basculer le jour de la « Fusion », lorsqu’un virus extraterrestre va unir l’humanité en une conscience collective. Plus de conflits, plus de solitude, plus de peur : le Monde est enfin heureux et pacifique.

Enfin, presque, car Carol y est immunisée, tout comme un peu plus d’une dizaine d’autres personnes sur Terre.

Elle refuse d’accepter cet « âge d’or » artificiel et décide de se lancer dans une lutte impossible : rendre à l’humanité ce qu’elle a perdu, même si cela signifie ramener le chaos et la souffrance, mais au passage rendre également le libre arbitre.

Critique

Commençons tout de suite en parlant de l’atout numéro 1 de la série : Rhea Seehorn. Elle porte avec talent la série sur ses épaules tant les moments où elle n’apparaît pas à l’écran sont rares, sauf lorsque l’on finira par passer un peu de temps avec Manousos (Carlos Manuel Vesga).

Carol est un personnage complexe que ne semble pas simple à incarner mais elle y arrive avec brio. Cynique, sarcastique, irritable, méfiante, c’est un personnage qui semble ne pas avoir beaucoup de choses plaisantes à dire à son égard mais on se rend compte au fil de la saison qu’il y a bien plus derrière cette façade et qu’elle réagit également de cette manière suite à son deuil mais également parce qu’elle décide de s’opposer à l’absence individualité et de pensée critique au sein de la « Conscience Collective ».

Car si elle a l’air misanthrope si on ne fait que jeter un œil, on se rend vite compte que ce n’est pas aussi simple car ses actions, comme son envie de former un groupe de « résistance », montrent surtout qu’elle n’aime pas ce que l’humanité est devenue et qu’elle préférait le monde d’avant, malgré toutes les choses qu’elle n’aimait pas à son sujet.

On fait plus tard la connaissance de Manousos, personnage qui s’est isolé depuis la « Fusion » et qui partage des points communs avec Carol dans sa vision du monde et son comportement, même s’ils ont des visions opposées sur certains sujets. Un personnage moins creusé mais pourtant très intéressant, qui sera certainement un rouage très important pour la suite.

Mais si on s’attarde sur les personnages, on peut glisser quelques mots sur les « Autres », ceux qui font partie de cette « Conscience Collective ». Elle se présente avec des atours plutôt positifs, semblant vouloir le bien pour tous avec une curieuse honnêteté. Mais finalement, on en sait jusqu’à présent assez peu sur leur fonctionnement, en dehors de leur mode de vie qui exclut toute violence (ainsi que tout élevage et agriculture). Leur premier but actuel est de réussir à convertir les quelques immunisés, mais d’ici là, ils sont ravis d’accepter toutes les demandes de ceux-ci, même les plus extravagantes. Ils ne peuvent pas mentir mais disent-ils forcément toute la vérité quand ils parlent de leurs bonnes intentions ?

La série a été créée par Vince Gilligan, désormais surtout connu pour avoir créé Breaking Bad et Better Call Saul, mais qui a aussi écrit et dirigé des épisodes d’X-Files. Je n’avais pas accroché à ses précédentes créations mais on est ici sur quelque chose de complètement différent et on ne peut que le féliciter de ses choix, qu’ils soient dans son écriture ou sa réalisation.

Dans les points les plus décriés, il y a le rythme de la série. On pourrait facilement la qualifier de « slow burn », quelque chose qui se développe lentement, avec parfois des moments où il semble ne pas se passer d’événements importants mais c’est également ça le cœur du rythme de la série, et ces moments qui semblent insignifiants veulent souvent dire bien des choses sur les personnages pour continuer à construire leur personnalité mais aussi pour qu’on s’attache plus à eux.

Mais on peut reconnaître que l’intrigue tire en longueur, et que ça peut déplaire à certains. Avec le problème, commun à toutes les séries qui intègrent une part de mystère, de ne pas savoir si on sera satisfait de l’éventuelle conclusion qu’on aura à un moment indéterminé.

La série impose aussi de jolis choix de mise en scène, que ça soit lors d’exposition de certains éléments mais aussi lors des dialogues entre les personnages. Et il suffit parfois de peu de mots et juste d’un cadre bien choisi et d’un bon jeu d’acteur pour faire passer des émotions fortes, comme lors de l’introduction, glaçante, du dernier épisode.

Il y a aussi ce choix de désarmer assez rapidement pas mal de situations en faisant volontairement tomber la pression, tel un soufflé qui se dégonfle, où l’on peut avoir par exemple un cliffhanger de fin d’épisode qui semble amener un grand bouleversement et qui est désamorcé dès le début de l’épisode suivant, répondant à une question presque aussi vite qu’on ne l’avait pensée. Malgré tout, il reste des portes ouvertes et des questions sans réponses, même à l’issue de la saison et on se demande dans quelle direction l’intrigue partira lorsque la série reprendra … à une date encore inconnue.

! Attention ! Spoilers !

En cliquant ici, vous accédez à la partie SPOILERS qui peut contenir des parties critiques de l'histoire.

On ne peut décemment pas faire une critique complète d’une série comme celle-ci sans faire un peu de spoilers et de spéculations.

J’ai volontairement omis le personnage de Zosia (Karolina Wydra) dans l’article sans spoilers car il est difficile de parler d’elle de manière intéressante sans dévoiler des parts de l’intrigue. Elle sert un peu de chaperon à Carol, servant de relais entre elle et les « Autres », ayant d’abord l’impression d’être surtout là pour répondre aux besoins de Carol. C’est un personnage vraiment intéressant mais également lorsqu’on la voit du côté de Carol qui déteste cette conscience collective mais qui arrive petit à petit à s’attacher à Zosia, en se faisant une image d’elle « qui pourrait être indépendante » et en essayant de la faire agir comme une personne normale (parler d’elle au singulier, etc.).

Mais on finit par se rendre compte qu’elle n’est pas que ça, avec de petits indices par-ci par-là mais surtout avec le dernier épisode qui nous montre bien que son but à ce moment-là est de distraire Carol, de lui faire oublier un peu ses idées de rébellion et essayer de l’amener petit à petit à vouloir également rejoindre les « Autres ». Je suis curieux de voir comment cette « trahison » sera vécue à plus long terme par Carol au vu des sentiments qu’elle avait développé.

Un autre élément qui sera primordial selon moi pour la suite sera de voir à quel point ces « Autres » sont capables de tordre leurs règles pour arriver à leurs fins. Ils promettent de ne pas lui faire subir une opération pour analyser son ADN mais n’hésitent pas à étudier, à son insu, ses ovules congelés dans le but de pouvoir forcer son intégration. Une certaine sournoiserie qui reste techniquement dans leurs règles de non-violence mais qui montre à quel point ils tiennent à ce que leur plan aille jusqu’au bout. Et surtout, est-ce que leur plan se résume juste à « unissons tout le monde sans violence pour que tout le monde survive » ?

Et j’attends également beaucoup de la relation qu’il y aura avec Manousos maintenant qu’ils semblent être d’accord sur leur objectif. Est-ce qu’il trouvera comment utiliser cette fameuse fréquence qu’il a trouvé ? Permettra-t-elle de faire revenir les individualités ? Et avec quelles conséquences ?

Finalement, je me demande ce qu’il adviendra de Koumba, qui semble tant aimer profiter des plaisirs qu’on lui offre, lorsqu’on voudra le « forcer » à rejoindre les « Autres » ? C’est un personnage qui méritera d’être creusé aussi.

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Conclusion

On n’est pas sur une série parfaite et je comprends parfaitement les critiques que j’ai pu entendre à son sujet, mais c’est clairement l’une des séries de l’année 2025 (juste au pied du podium dans mes Awards).

Elle nous offre une écriture intelligente de son intrigue et de ses personnages, avec une Carol au centre de tout, incarnée à la perfection, mais il y a aussi un formidable travail visuel et de chouettes idées de mise-en-scène. C’est une série vraiment originale, au niveau du style, du ton et de l’intrigue, une réflexion brillante sur ce qui fait de nous des humains avec nos sentiments, positifs ou négatifs, nos imperfections et nos désaccords.

Le plus point d’interrogation reste l’avenir de la série, qui a été renouvelée mais dont le retour devrait prendre plusieurs années, puisque rien de concret ne semble déjà écrit. Il faut espérer que la suite de l’histoire soit tout aussi bien amenée mais surtout cohérente et qu’on ne tombe pas dans la faille de l’intrigue qui devient trop complexe pour son propre bien et dont on n’arrive pas à sortir. On croise les doigts !

Bande-annonce (en VO)

Et une bande-annonce en Français

 

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