Mickey 17 – Mourir encore et encore pour le bien de tous

Auréolé du succès de Parasite, Bong Joon-ho avait déjà une belle carrière derrière lui, pouvant compter dans ses précédentes réalisations sur des films comme The Host, Mother, Snowpiercer ou encore le sublime Memories of Murder.

Grâce à dernier succès, les gros studios hollywoodiens l’ont accueilli à bras ouverts et il a pu avoir un budget de plus de 100 millions de dollars pour son nouveau film, cette fois de la science-fiction spatiale, librement adaptée du livre « Mickey 7 » de Edward Ashton avec un casting impressionnant, dont Robert Pattinson en tête d’affiche.

Un film à la hauteur des œuvres précédentes du réalisateur ? Ou est-ce qu’il y avait un peu trop d’attente autour de lui ?

Présentation

Mickey Barnes (Robert Pattinson) ne vit pas ses meilleurs moments sur Terre. Criblé de dettes envers un usurier à cause de la faillite d’un commerce créé avec son meilleur ami, il finit par trouver une échappatoire en acceptant de partir dans l’espace avec une mission ayant pour but de coloniser la planète Nilfheim.

Son job ? Être un « consommable ». Un engagé volontaire qui accepte de se mettre en danger et qui, à chaque mort, a sa conscience et ses souvenirs implémentés dans un corps tout neuf qu’on lui a imprimé. Après 4 ans de voyage, c’est la 17ème incarnation de Mickey que l’on suit et dont le destin va basculer quand arrivera une situation qui ne devrait pas arriver : se retrouver nez-à-nez avec sa 18ème incarnation.

Le film est sorti au cinéma le 5 mars 2025

Critique

La première chose à mettre en avant, c’est son acteur principal avec un Robert Pattinson en pleine forme, que ça soit dans les moments les plus loufoques mais également dans les moments plus sérieux du film. On s’attache aussi au personnage grâce à son interprétation.

Pour le reste du cast, c’est plus compliqué on va dire. Non pas que les acteurs et actrices soient mauvais ou que leur jeu soit mauvais, car même les scènes qui sont surjouées, principalement par Mark Ruffalo et Toni Collette le sont visiblement volontairement pour encore plus mettre en avant le côté absurde des personnages. Le plus gros problème des autres personnages, c’est surtout leur écriture et leur profondeur.

Les personnages en dehors de Mickey sont tous définis par une ou deux caractéristiques, servent à l’une ou l’autre fonction mais ils manquent tous d’un quelque chose qui fasse qu’on s’y attache plus et qu’on ait plus d’empathie envers eux. Un très bon exemple peut être vu avec Timo, le meilleur ami de Mickey incarné par Steven Yeun. Présent à plusieurs moments clés de l’histoire, il est un outil utilisé pour que l’histoire rebondisse mais sans jamais approfondir le personnage ni nous donner des clés pour comprendre certaines de ses actions.

Mais ce souci de personnages « pas assez profond » est causé par le principal défaut du film : son chaos narratif.

Qu’est-ce que « Mickey 17 » veut nous raconter ? À la fois trop de choses et pas assez.

Il tente de nous raconter une histoire d’amour mais on ne la voit qu’en surface, il nous montre les conséquences de suivre aveuglément un dictateur à l’égo surdimensionné (tiens, ça me dit quelque chose…) mais en ne montrant que des phases clichées et peu de conséquences, il amène une partie plus science-fiction spatiale mais sans oser la développer réellement et si rien de tout ça n’est véritablement raté, il y a clairement quelque chose qui manque à la recette. L’ensemble manque d’unité, de fluidité, de cohérence et je ne serais pas étonné d’apprendre que plusieurs de ces soucis viennent de reshoots et modifications à la demande du studio à qui le réalisateur n’a pas su dire systématiquement non.

Et si vous me lisez jusqu’ici, vous devez vous dire qu’en conclusion je vais vous déconseiller de le voir et pourtant, c’est plutôt l’inverse, car malgré ce que j’ai pu dire avant, j’ai beaucoup aimé le film.

Je reconnais volontiers les défauts ci-dessus mais malgré tout, je n’ai pas vu le temps passer durant la séance et je ne me suis pas ennuyé une minute.

La première chose qui sauve le film, c’est ce que j’ai déjà mentionné plus haut : son personnage principal. En plus de l’interprétation de son acteur, il y a aussi très vite un attachement qui naît avec ce personnage un peu naïf, qui semble toujours vouloir aider les autres. Mais on ne s’attache pas simplement à Mickey, on s’attache à « Mickey 17 ».

Car le film est raconté purement du point de vue de cette incarnation-là. Il est la voix-off qui nous accompagne mais il y a aussi les moments où on a les mêmes biais que lui. Certaines choses qu’on ne nous explique pas dans l’histoire ne nous sont pas montrées car il ne les connait pas non plus et ça peut expliquer certains biais narratifs, sans pour autant tous les excuser.

Mais d’autres choses sont très réussies dans le film comme le côté visuel avec de sublimes décors, des effets spéciaux réussis aussi et un humour qui fait souvent mouche, quel que soit le registre.

Et même si l’histoire a ses faiblesses par moment, dont un dernier quart qui part un peu trop dans tous les sens, on sent la patte de son réalisateur/scénariste qui a encore ici l’audace de placer dans un film plus « blockbuster » des thèmes aussi profonds que la condition humaine, la lutte des classes, la vie dans un monde capitaliste ou encore la protection des espèces.

Conclusion

On l’a vu plus haut, le film n’est pas exempt de défauts mais il reste un film de science-fiction intelligent qui propose un bon mélange des genres avec de l’humour, de la tragédie, des créatures de l’espace mais aussi des moments plus épiques. Bong Joon-ho parvient à y placer ses réflexions habituelles sur l’humain et sa place dans le monde ainsi que sur les dérives du capitalisme et offre à Robert Pattinson une nouvelle occasion de montrer tout son talent d’acteur tout au long du film.

Moins profond qu’un Parasite, il n’en reste pas moins un très bon film, plus hollywoodien cette fois, qu’il ne faut pas rater cette année.

Bande-annonce (VO-ST Fr)

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